L’ART DE BIEN VIEILLIR
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Préambule
Le titre de cet article pourrait inciter les jeunes à se dispenser d’en aborder
la lecture. Ce serait dommage car les effets du vieillissement se manifestent très tôt :
Beaucoup d’adolescents perdent irrémédiablement toute souplesse,
faute d’une activité physique bien conduite ;
De jeunes adultes souffrent déjà de douleurs dorsales ou articulaires
chroniques, conséquence du mépris —souvent inconscient— dans lequel ils ont tenu leur corps ;
Quantité d’individus, apathiques, résignés, sans ambition ni projets, sont vieux avant l’âge.
Mais, peut-être rejetez-vous l’idée de votre vieillesse car elle vous fait peur ?
Ou bien êtes-vous persuadé que le destin ne vous laisse aucune marge de manœuvre ?
Ou encore que les désagréments de la vieillesse ne commencent pas avant les
toutes dernières années de la vie ?
Folie ! Inconscience ! Méconnaissance ! Fatalisme rétrograde !
Réagissez ! et vite ! Car, au vieillissement biologique, inéluctable, s’ajoute un
vieillissement mécanique, contrôlable, et un vieillissement mental, évitable.
Les mauvais traitements que vous vous infligez aujourd’hui entraîneront demain de
multiples séquelles plus ou moins invalidantes. En revanche, si vous entretenez
correctement votre corps et votre esprit, vous engrangerez à moyen et long
termes de substantiels bénéfices. L’art de bien vieillir se cultive tout au long de sa vie.
Athlète de haut niveau … à 90 ans !
Les arts martiaux sont destinés à vous faire traverser l’existence le plus
sereinement possible grâce à l’acquisition d’une technique d’autodéfense
éprouvée et au développement d’un mental indéfectible. De plus, un entraînement
régulier et bien conduit doit vous conférer une condition physique bien
au-dessus de la moyenne. Ils constituent donc le support idéal d’un
harmonieux vieillissement. Un séjour à Okinawa est édifiant : du jeune
enfant au vénérable vieillard, une grande partie de la population se retrouve
quotidiennement dans les dojo de karaté. Et les seniors ne sont pas là pour
surveiller les enfants !
Qui n’a pas rêvé, devant la démonstration d’un très vieux maître d’art
martial, d’être aussi alerte que lui quand le grand âge le rattrapera ?
Car le constat est navrant : la grande majorité de nos concitoyens
finissent dans un état de délabrement physique et mental consternant. Ce
n’est pourtant pas une fatalité : une bonne hygiène de vie, de
l’enthousiasme et une activité physique régulière améliorent notablement
la perspective d’une vieillesse sereine et épanouie. Cependant, les arts
martiaux ne détiennent pas l’exclusivité de la vieillesse heureuse ; la
randonnée, le vélo, la natation, l’alpinisme recèlent de nombreux sportifs
ayant allègrement dépassé l’âge de la retraite. L’actualité nous en
livre régulièrement des exemples comme celui-ci : un guide suisse est
mort récemment à 104 ans ; il avait mené son dernier client au sommet du
Cervin (4478 mètres) à 90 ans.
La question du jour est donc : quelle est la recette de ces vieillards épanouis
et quelles erreurs ont-ils évitées ? Bien sûr, en cas d’agression
meurtrière, l’art martial peut permettre de rester en vie, condition sine qua
non pour vieillir ; je ne reviendrai plus sur cet avantage indiscutable.
Quelle que soit l’activité pratiquée, trois qualités caractérisent les vieillards
heureux : ils sont motivés, dynamiques et (relativement) prudents.
Motivation
Pour entreprendre, il faut être motivé … ou obligé. L’enfant et l’adolescent
subissent des obligations qui pourront se muter en motivation. L’adulte n’a
généralement plus que deux obligations : gagner sa vie et élever ses
enfants s’il en a. Certes, il est possible d’être très motivé pour son métier,
mais si c’est votre seule motivation, à moins d’exercer en pleine nature ou
d’être sportif professionnel, il va vous manquer le minimum d’activité
physique indispensable. Si vous ne cultivez pas vous-même quelque autre
motivation, vous risquez de sombrer rapidement dans une passivité morbide.
Arrivé à l’âge de la retraite ce sera la catastrophe : au corps
affaibli car négligé va s’ajouter un effondrement du moral, l’inactivité
devenant extrêmement pesante. Certains pensent échapper à cette sinistre fin
en se construisant une belle motivation toute neuve. La mode est aux voyages ;
voyageons ! Ce ne sera qu’un déguisement de leur passivité. Ils vont se
faire promener, écouter un guide et surtout s’attabler, boire et manger
jusqu’à ce que leur médecin mette un frein à ces plaisirs destructeurs.
La motivation se cultive. C’est dire qu’elle ne va pas apparaître spontanément ;
c’est une construction de longue haleine. Les vétérans dynamiques ont
construit leurs motivations dès leur jeunesse.
Dans ma carrière de professeur d’arts martiaux, j’ai vu plusieurs fois des gens
arriver en disant être très motivés, s’entraîner deux ou trois fois par
semaine pendant quelques mois, puis disparaître. La motivation ne se décrète
pas ! Sinon elle est établie sur des idées préconçues qui colleront
rarement avec l’enseignement prodigué dans un club. Il faut débuter avec un
esprit ouvert et se laisser imprégner de la dynamique impulsée par le
professeur. C’est le seul moyen de se retrouver en harmonie, de comprendre et
d’assimiler le contenu des cours.
Il existe des motivations factices (motivations extrinsèques), comme l’attrait
de la victoire, de l’argent ou de l’image du champion, mais la seule vraie
motivation (motivation intrinsèque) est celle qui repose sur le plaisir de
pratiquer. Or, ce plaisir ne vient pas tout de suite : il faut passer le
stade de l’apprentissage. Selon l’activité, cela peut demander plusieurs
années. Un peu de persévérance est nécessaire, mais si le plaisir n’apparaît
pas, il peut s’avérer judicieux de changer d’activité : tout le monde
ne s’épanouira pas dans l’eau, dans la neige ou dans un dojo.
On dit des gens qui pratiquent intensément depuis longtemps qu’ils sont « passionnés ».
Je n’aime pas ce terme car il est trop courant d’opposer la passion à la
raison et je ne vois pas ce qui interdit de s’entraîner raisonnablement.
Prenons mon exemple, pas pour me mettre en valeur, mais parce que je suis sans doute la
personne que je connais le mieux. Le mot passion a souvent été prononcé pour
désigner mon investissement dans l’art martial ou dans l’alpinisme puisque
je pratique les deux depuis autant d’années. Ma motivation semble d’un
ordre différent pour chacune des deux activités. Pourtant, dans les deux cas
la confrontation à soi-même est présente —cet aspect est capital car
il est la source de la connaissance de soi. De plus, si l’art martial vise
l’harmonie avec autrui, l’alpinisme tend vers l’harmonie avec la nature,
en l’occurrence la montagne. Certes, autrui ou la montagne peuvent se montrer
hostiles de manières différentes, mais c’est toujours l’harmonie que je
recherche car la résolution d’un problème passe toujours par sa compréhension.
La victoire brutale, physique ou oratoire, transforme le conflit ouvert en
conflit larvé ; le vaincu, nature ou adversaire, finira bien par avoir sa
revanche. Ainsi, ma motivation fondamentale est l’harmonie, principal pilier
du bonheur. Harmonie avec la nature —j’en constitue une infime
partie—, avec autrui —la vie est avant tout relationnelle— et avec moi-même
—c’est la base de la santé mentale. Art martial et alpinisme constituent
donc des voies pour m’élever vers cet objectif ultime. N’étant pas des
buts ni des passions, ces activités sont susceptibles d’évoluer, voire même
d’être remplacées. Ainsi, un accident de parcours n’entamera pas ma
motivation, trop élevée pour être atteinte par les aléas de la vie.
Les événements, qui nous accaparent, la maladie, qui nous diminue, l’accident,
qui nous handicape, peuvent et doivent être surmontés.
J’ai vu Patrick Tamburini, mon professeur, répéter des centaines de yoko geri avec la jambe
dans le plâtre. Plus tard, à un ou deux mois de sa mort, alors que la radiothérapie
lui avait brûlé la plus grande partie des
poumons, il assurait presque normalement son cours de karaté si ce n’est le
fait qu’il allait périodiquement puiser quelques bouffées d’oxygène à un
appareil d’assistance respiratoire.
Maître Noro, aïkido-ka réputé, a créé
le kinomichi —forme de relaxation dynamique dérivée de l’aïkido
comparable au tai-chi qui est dérivé du wu-shu— car les séquelles d’un
terrible accident lui interdisait de poursuivre l’enseignement de l’aïkido.
Voilà des exemples de forte motivation ; mais le plus intéressant est
cette capacité à s’adapter aux événements, aussi pénibles soient-ils.
Cela repose sur une motivation très forte, visant un objectif très élevé
susceptible d’être atteint par différentes voies (do). « De nombreux
chemins mènent au sommet de la montagne. »
Nous sommes très loin des motivations courantes, terre-à-terre, du style :
« Je voudrais perdre un peu de ventre ! » ou « Je fais de
la gym pour me changer les idées ! ». Elles s’écrouleront dès la
première difficulté rencontrée. Pourtant, tout le monde connaît les
bienfaits d’une vie active ; c’est pourquoi il est impératif que
chacun développe et fortifie une haute et indestructible motivation. Et plus tôt
vous aurez commencé, plus fort vous serez à un âge avancé.
Néanmoins, avec l’âge, la motivation peut et doit évoluer. Parmi mes collègues
professeurs d’arts martiaux, beaucoup se désespèrent —certains ont même cessé de s’entraîner— de ne plus être
aussi rapides, aussi puissants, aussi souples que dans leur prime
jeunesse, preuve d’une motivation d’une banalité désespérante. En
vieillissant, il est normal, passé l’acmé de la forme physique, de régresser
—encore qu’un entraînement régulier puisse maintenir des performances de
bon niveau très longtemps. Cette évidence devrait motiver tout le monde à développer
des capacités mentales qui viendront progressivement compenser les déficiences
physiques. Ainsi, la vitesse est-elle une notion relative qui intègre la
surprise de l’adversaire. En travaillant sur l’observation de manière à
porter une attaque au moment optimum vous donnerez l’impression à votre
adversaire d’une vitesse phénoménale. Cette qualité peut s’améliorer à
tout âge, comme de nombreuses autres caractéristiques mentales. L’objectif
de l’entraînement d’un vieux karate-ka n’est d’ailleurs plus de vaincre
en combat mais d’éviter celui-ci, la victoire en combat de rue ayant toujours
un goût amer. Celui du vieux maître est de rayonner de sérénité, de joie et
de bonheur.
La motivation prend l’allure d’un édifice pyramidal à étages :
En haut, règne son altesse drapée dans la philosophie ; elle est
quasiment immuable. C’est votre raison de vivre, le but de votre
existence, le lointain sommet que vous rêvez d’atteindre.
Dans les étages intermédiaires, résident les idées nobles ; plus concrètes,
elles suivent l’air du temps, évoluent, mais toujours au service de la
motivation souveraine. Ce sont les différentes voies qui conduisent au sommet
de la montagne.
En bas, sont stockés les outils intellectuels qui vous
permettront de parcourir la voie. Vous allez en changer souvent, au gré de
l’inspiration et de vos désirs, afin d’éviter toute lassitude.
Dynamisme
Le dynamisme ne doit pas se confondre avec l’agitation qui est le plus souvent stérile.
Le dynamisme est créatif ; c’est l’état d’esprit du chercheur, de
l’explorateur, de celui qui ne s’arrête jamais sur ses acquis, qui va éternellement
de l’avant. Ce qui peut se faire dans la plus grande sérénité.
Observez autour de vous les gens âgés. Vous découvrirez que les plus épanouis sont
tous dynamiques, chacun à sa façon. Vous voulez vieillir comme eux ;
soyez actif car il n’y a ni joie ni bonheur dans la passivité.
Il existe un dynamisme intellectuel et un dynamisme physique. Ils sont de même
essence ; tous deux ont soif de découvertes. Il faut développer les deux
afin que le corps et l’esprit s’harmonisent. Dans les faits, ils sont
souvent complémentaires, l’envie d’essayer ou d’innover précédant la réalisation
technique. Ainsi un raid à ski sera généralement précédé d’une phase de
recherche et de préparation : analyse des cartes géographiques, élaboration
de l’itinéraire, préparation de la logistique. Au préalable, il aura fallu
que l’envie naisse ; or c’est souvent lors d’une randonnée que
l’on aperçoit au loin des cols ou des sommets où l’on aimerait bien
diriger ses skis. Ainsi, c’est l’activité qui engendre l’activité.
Bien sûr, pour une majorité de personnes, ces phases concernent essentiellement le
guide ou le collègue plus aguerri qui endosse une responsabilité équivalente.
Cependant, si vous n’êtes pas compétent pour cette tâche, rien ne vous empêche
d’y prendre part, de vous y intéresser afin d’acquérir petit à petit les
compétences qui vous manquent. Les guides de montagne nomment les courses
qu’ils réalisent avec des clients passifs et peu sportifs du doux nom de
« traîne-couillon ». à méditer ! Et à transposer dans les activités que
vous pratiquez.
Toutefois, certains guides, par crainte
de perdre des clients, les maintiennent volontairement dans l’ignorance. Des
professeurs d’arts martiaux en font autant, soit par incompétence, soit par
peur d’exposer leurs lacunes et de voir leurs élèves fuir. Maître,
professeur ou guide ont vocation à vous amener à leur niveau. En aucune manière,
ils ne doivent être des entraves ; mais c’est vous qui devez fournir les
efforts pour gravir les échelons de la maîtrise.
Envie quasi-permanente de vous confronter
à la nouveauté, à la difficulté, au risque et prises d’initiative fréquentes
sont les marques du dynamisme qui vous permettra cette ascension. Cela ne veut
pas dire que vous devez changer d’activité tous les jours ; la découverte
réside d’abord dans l’approfondissement. Cependant, approfondir, c’est
aussi s’ouvrir aux idées novatrices ou prendre un nouveau chemin pour s’élever
vers ses rêves.
L’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte sont généralement pleins d’envies, de rêves,
de projets, en perpétuelle attente de demain et, quand on attend, demain ne
vient jamais assez vite. Le futur de la plupart des vieillards se réduit à la
morne répétition de leurs petites habitudes ; leur vie est entièrement
tournée vers le passé, les souvenirs meublent leur présent et cette vie écoulée
vue en raccourci, comme elle a l’air courte ! comme le temps passe vite !
Si votre temps s’écoule trop vite, c’est que le passé vous accapare un peu
trop. La nostalgie, précurseur de la passivité, s’installe en vous :
attention danger !
Il faut vivre « ici et maintenant » selon un des grands principes du
zen. Mais pour pouvoir pleinement savourer le présent, il est indispensable de
l’avoir préparé. Vous devez aujourd’hui organiser vos joies de demain en
vous servant de votre expérience passée. C’est ainsi que s’articulent le
passé, le présent et l’avenir. Le passé doit être avant tout une
accumulation de connaissances techniques. Si vous basculez dans un passé
psychologique, si vous cultivez vos souvenirs, votre vie amorce son déclin car
cet ancrage dans le passé est une entrave évidente à un épanouissement
« ici et maintenant ». Idéalement, l’apogée de votre vie doit
correspondre à votre mort. Cela signifie que, jusqu’aux derniers instants,
vous aurez bâti des projets, avec dynamisme et enthousiasme. Les vieillards
heureux s’inscrivent tous dans ce schéma.
Retrouvez donc vos anciens rêves, faites-en mûrir de nouveaux et étayez-les de projets
concrets ! Pas trop fous pour paraître réalisables, un peu quand même
pour être enthousiasmants.
Dans le cadre du karate-do, tous les pratiquants sentent bien la nécessité
d’avancer. Répéter la même technique ou le même kata sans s’interroger
sur leur fondement, leur intérêt, leurs variantes, leurs applications conduit
immanquablement à la lassitude. La routine est une impasse. Pour vous sentir
stimulé, vous devez découvrir quelque chose à chaque cours ; ce dont
votre professeur doit avoir une conscience aiguë. L’apprentissage des
techniques de base et des kata doit être rapidement relayé par un travail
d’approfondissement, notamment avec les bunkaï. Vous devez comprendre le
caractère évolutif et infini de ceux-ci et percevoir que votre efficacité ne
progressera qu’au travers d’un intense programme de décorticage et
d’exploration des subtilités de votre art martial. Certes, vous pouvez vous
fier à votre professeur et suivre scrupuleusement son enseignement mais cette
attitude passive, incontournable au début, doit progressivement s’estomper.
Arrivé au 1er dan, votre attitude doit devenir pro-active :
vous pouvez évidemment suivre un entraînement, c’est même recommandé, mais
vous devez rebondir sur ce qui vous est proposé. Il ne s’agit pas d’exécuter
des mouvements différents, mais de percevoir les détails qui n’ont pas forcément
été soulignés par le professeur et qui permettront d’exploiter les
techniques de manière nuancée.
Si vous avez un bon professeur, vous constaterez une évolution permanente de son
enseignement. Cela vous offrira un plaisir toujours renouvelé de suivre ses
cours, mais ne vous dispensera pas de faire preuve de dynamisme, de curiosité
et de créativité. Si votre professeur est sclérosé et radote, changez-en avant
de vous lasser !
Dans toutes les activités physiques, le renouvellement régulier de l’approche de
la discipline est un garant de la longévité de la pratique.
Ainsi préparé, vous pourrez rester actif aussi longtemps que vous le souhaiterez.
Cependant, la vie moderne distille tous les ingrédients nécessaires pour vous inciter à
la passivité. Téléphone, ordinateur, console de jeux, téléviseur,
automobile peuvent être de précieux outils au service de votre dynamisme ;
mais force est de constater qu’ils sont trop souvent la source d’une
passivité affligeante. De fait, leur attrait est tel qu’il est aisé de
sombrer. Vous, sportifs, avez la chance de connaître les avantages d’une
activité physique bien conduite ; aussi vous est-il plus facile de rester
actif. Néanmoins, devant le pouvoir addictif de ces attributs de la modernité,
il convient d’être extrêmement vigilant. Pour ne pas en devenir esclave,
vous devez leur livrer une véritable guerre car, si vous entretenez votre
volonté et votre dynamisme, des gens sont payés pour vous capter, vous
captiver et vous capturer. Avec le risque de finir comme ces millions de moutons
dociles fascinés par les écrans qui masquent —c’est la fonction originale
d’un écran— leur propre déchéance.
La gravité des conséquences de la passivité augmente avec l’âge. Si vous
ressentez les premières atteintes du mal, quel que soit votre âge, réagissez
immédiatement. Plus on attend, plus le mal devient incurable.
Prudence
N’attendez pas de moi que je réfrène les élans, parfois jugés suicidaires, de la
jeunesse, des battants et autres aventuriers. Jamais rien de grand ne s’est réalisé
sans une prise de risque.
Partie du Pôle Sud pour rejoindre la base française Dumont d'Urville en Terre Adélie
lors de l'été austral 1999-2000, l'exploratrice Laurence de la Ferrière
parcourt seule, dans des conditions extrêmes, plus de 3 000 km dont 1 800
jamais foulés par l'être humain, à l’aide d’un traîneau tiré par un
grand cerf-volant (parafoil). Elle avait au préalable traversé le Groenland en
autonomie totale.
En 1990, Catherine Destivelle réalise
un projet longuement mûri : l'ascension en solo du pilier Bonatti aux Drus
(massif du Mont Blanc). Pourquoi en solo ? « Ça donne le sentiment d'être
très fort, invincible. On est très concentré, donc on grimpe d'une façon
parfaite ». Dans les années 90, elle accomplit d'autres grandes courses
marquantes en solo : l'ouverture, en dix jours et en plein hiver, d'une nouvelle
voie extrêmement difficile, encore dans les Drus. Suivent les trois grandes
faces nord mythiques des Alpes, toujours en solitaire et en hiver : Eiger,
Grandes Jorasses et Cervin.
Maud Fontenoy traverse en 2003 l’atlantique à la rame, puis en 2006-2007, réalise
en cinq mois, malgré un démâtage et un violent cyclone, un tour du monde à
contre-courant à la voile et en solitaire.
Ces exemples féminins —choix délibéré— qui confirment, s’il en était
besoin, que le dynamisme n’est pas l’apanage des hommes, amènent une évidente
question : ces sportives de l’extrême sont-elles des rescapées de
l’imprudence ?
Si nous recensions les décès liés à des tentatives d’exploit sportif, nous
serions étonnés par la découverte d’un chiffre très bas. Évidemment, dans
la plupart des cas, le risque vital est engagé, mais la préparation de ces
athlètes atteint une perfection inimaginable pour le commun des mortels. Rien
n’est laissé au hasard : condition physique, entraînement technique,
choix du matériel, logistique, tout est minutieusement analysé. Les accidents
possibles, les conditions météo exécrables et même les imprévus entrent
dans le scénario. Alors oui ! le risque est bien présent, mais ils ont
mis tous les atouts dans leur jeu pour en limiter au maximum l’incidence.
Ce qui est remarquable chez ces gens là, c’est le refus d’une vie terne, médiocre.
Ordinaire en somme ! Certes au prix d’un risque mortel.
La plupart d’entre-vous ne mènerez pas une vie aussi aventureuse. Cependant, si
vous escomptez une existence radieuse, sortez de la routine, bousculez-vous,
lancez-vous des défis, prenez des risques.
Ne craignez pas la mort ! Craignez de vivre mal !
La crainte de la mort est le pire obstacle au dynamisme. Cela ne signifie pas que
l’on doit être suicidaire. Quand on entreprend quelque chose de difficile, on
s’arrange pour réunir tous les ingrédients de la réussite, mais il doit
rester une part de risque : c’est le piment de la vie.
En revanche, il est dommageable de détruire sa capacité à bien vivre. En
d’autres termes, vous, qui êtes motivé et dynamique, devez être prudent sur
l’utilisation que vous faites de votre corps si vous souhaitez vieillir dans
de bonnes conditions. Or, dans la vie courante comme dans les entraînements
sportifs, beaucoup d’erreurs sont commises. Et il n’est pire situation que celle où un esprit entreprenant se désespère
devant un corps qui refuse de le suivre.
Violentez votre esprit mais préservez votre corps.
Pour rester efficient, vous avez besoin :
- D’air pur ;
- D’une alimentation saine et équilibrée ;
- D’exercice respectueux de votre intégrité corporelle ;
- De repos.
Air pur
A priori, vous ne pouvez pas grand chose sur l’air que vous respirez —peut-être,
comme le suggérait Alphonse Allais, faudrait-il construire les villes à la
campagne ! Cependant vous pouvez éviter quelques erreurs courantes :
Pourquoi polluer votre air avec la fumée du tabac ou un quelconque autre poison ?
Un local mal aéré devient toxique ; pensez à ouvrir régulièrement les fenêtres.
La poussière n’est pas l’ami des bronches ; soyez rigoureux avec le ménage.
Choisissez des loisirs au grand air plutôt qu’en des lieux clos, enfumés et pollués.
Alimentation saine et équilibrée
J’ai déjà rédigé un article sur la diététique. Il constitue le B, A, BA mais
est largement insuffisant pour élaborer des repas équilibrés.
Bien se nourrir est essentiel à la santé, à la forme physique et mentale, à court
terme comme à long terme. Il serait donc souhaitable que chacun étudie
consciencieusement cet art de bien manger. En comprendre les arcanes nécessite
un niveau de fin d’études secondaires. Comme on nous annonce actuellement une
proportion d’environ 80% de bacheliers dans une tranche d’âge, cette
connaissance semble accessible au plus grand nombre. Cependant, ne confondez pas
une véritable étude de la diététique avec ces pseudo-connaissances glanées
au fil des lectures de revues et magazines qui confondent diététique et cure
d’amaigrissement. Je suis régulièrement effaré de voir des gens qui prétendent
manger équilibré commettre de très graves erreurs alimentaires. Je conseille
donc à tous de se plonger dans un bon cours de diététique ou de le réviser
si l’apprentissage date un peu.
Beaucoup de Français mangent trop de protéines animales : viande et charcuterie en
particulier. Leurs articulations deviennent alors facilement douloureuses
s’ils pratiquent un sport. Le responsable est l’acide urique, produit de dégradation
des protéines. La solution est simple : diminuer la ration protéique.
A contrario, certains sont tentés par un régime végétarien. Attention !
vous avez besoin de protéines. Si vous mangez régulièrement des œufs, des
laitages et du poisson, vous ne rencontrerez aucun problème. Mais si vous
supprimez également ces denrées, vous devrez trouver vos protéines dans les végétaux.
Cela demande des compétences en diététique que peu de candidats à ce régime
possèdent.
Toutes les études montrent une espérance de vie accrue chez les personnes qui mangent
modérément. Mangez moins, mais mangez des produits de qualité. Un petit supplément
de prix peut constituer une assurance santé. Idem pour l’eau dont vous savez
qu’il faut en consommer deux litres par jour et plus si vous transpirez. En
certaines périodes l’eau du robinet est fortement javellisée ; est-ce
bon pour votre organisme ? Je ne souhaite pas entrer dans d’interminables
polémiques sur ce sujet mais votre santé et votre forme méritent bien de se
poser quelques questions. À chacun de trouver les meilleures réponses qui dépendent
de très nombreux paramètres, l’essentiel de la démarche étant de se poser
les bonnes questions sans attacher trop d’importance à l’avis du dernier
gourou à la mode.
Exercice physique
La plus grave erreur que vous puissiez commettre est l’absence d’exercice
physique. Certes, certains événements, certaines situations peuvent
contraindre à un arrêt d’activité. Efforcez-vous de raccourcir le plus
possible ces périodes car l’exercice physique doit être considéré comme un
constituant essentiel de votre hygiène de vie.
Quelle est la bonne dose ? Réponse difficile, car on imagine bien qu’elle
fluctue d’un individu à l’autre.
Un constat : les très grands sportifs ne sont pas statistiquement
ceux qui vieillissent le mieux : usure prématurée du corps, chute brutale
de la motivation à l’arrêt de la compétition, etc.
Une constante : le plaisir doit toujours présider.
Cependant, même pratiqué dans la joie et la bonne humeur, le sport suscite parfois
quelques désagréments : une étude récente montrait que les sportifs,
comparés aux inactifs, souffraient plus tôt de l’arthrose. Je ne suis pas
convaincu par cette étude —le choix des sportifs est déterminant— qui mériterait
d’être approfondie car un entraînement bien conduit a plutôt des effets bénéfiques.
Néanmoins, les pathologies sportives n’en sont pas moins une réalité dont
il faut tenir compte, mais, si les caisses d’assurance maladie et de retraite
encouragent les seniors à l’activité physique, c’est que le bilan est
globalement positif.
Les milieux sportifs ont longtemps entretenu l’idée que la force et la souplesse
étaient contradictoires. C’est faux, l’expérience le prouve. Cependant, on
constate aujourd’hui une certaine tendance à privilégier la force au détriment
de la souplesse. Sans doute l’une est-elle mentalement associée à la
domination —masculine—, l’autre à la faiblesse —féminine—, résidus
d’un univers machiste qui ne dit pas son nom. Je ne saurais trop vous
conseiller de garder un équilibre entre ces deux facettes de votre préparation
physique.
Repos
Aucune activité physique n’est profitable sans une bonne récupération. Si vous
vous entraînez alors que la fatigue de l’entraînement précédent n’a pas
disparu, vous entrez dans un cycle de surentraînement. Rien de grave si c’est
occasionnel, mais si vous persistez, c’est dangereux.
Apprenez à vous relaxer. Peu importe la méthode, étirements, yoga, méditation,
l’essentiel est d’obtenir un bon relâchement musculaire et un esprit
serein. C’est un excellent moyen de se préparer au sommeil.
Sept heures de sommeil est un chiffre souvent cité comme norme. En cas d’activité
intensive, dormir plus est logique : la plupart des sportifs de haut niveau
dorment neuf heures. Des gens s’écartent sensiblement de ces chiffres ;
certains en souffrent, d’autres affirment que cela leur convient bien, mais,
à longue échéance, des troubles divers sont fréquents. En effet, de nombreux
phénomènes physiologiques se déroulent durant le sommeil. Ils sont essentiels
et certains sont même totalement indispensables à la survie.
Un temps de sommeil raccourci risque de compromettre leur bon déroulement.
Attention ! les conséquences sont rarement immédiates.
Dormir trop est souvent signe d’une mauvaise qualité de sommeil ;
il faut découvrir la cause de ce dysfonctionnement.
Il existe aujourd’hui des cabinets spécialisés dans les troubles du sommeil ;
n’hésitez pas à consulter.
Les accidents du sportif
Les pouvoirs publics et les organismes sociaux encouragent la pratique sportive à
tous les âges car les pathologies sportives sont moins coûteuses et moins
invalidantes que les pathologies des inactifs.
Cependant ce bilan général fait ressortir deux colonnes assez chargées, certes avec un
avantage incontestable à la colonne « sportifs ». Ce bilan peut
encore s’améliorer en faveur des sportifs à condition que chacun gère son
activité intelligemment. Comment rendre votre activité sportive pleinement
profitable ? Les conseils qui vont suivre sont le fruit de mes recherches
documentaires et de mon expérience. Ils n’ont pas la prétention de devenir
une « bible » et seront mis à jour si nécessaire.
Pensez qu’un accident laisse toujours des séquelles. Évidemment, les blessures
seront soignées, mais la prévention est la meilleure garantie d’un
vieillissement sans souffrance.
En dehors des coups et de leurs conséquences (ecchymoses, fractures, etc.), les
principales souffrances du sportif peuvent se classer en trois catégories :
- Douleurs articulaires ;
- Douleurs musculaires et tendineuses ;
- Atteintes du rachis.
Douleurs articulaires
Des causes très variées peuvent engendrer une souffrance articulaire. Entorses et
luxations sont, en général, considérées comme des accidents imprévisibles.
Pourtant, un peu de bon sens peut limiter leur fréquence :
Fermez les poings quand vous combattez, vos doigts vous en seront reconnaissants ;
Améliorez vos gestes techniques, pour respecter les limites
physiologiques de votre corps et éviter les heurts malencontreux ;
Musclez correctement vos épaules car cette articulation ne doit sa
solidité qu’à votre tonus musculaire ;
Surveillez vos méthodes de rotation pour préserver vos genoux.
Celles-ci doivent s’effectuer sur le talon quand l’autre pied vient
stabiliser la position en fin de rotation (pivots de retour en arrière dans les
kata). Dans les autres rotations où l’équilibre résulte d’une bonne
perception du contact au sol, c’est l’avant-pied qui sert de support
(rotation du pied d’appui en mawashi geri). De toute façon, il faut choisir,
talon ou avant du pied, sinon le pied colle au sol et c’est le genou qui
supporte la torsion : aïe !
Tous les vétérans connaissent l’arthrose : c’est une détérioration des
cartilages articulaires. Si l’on en souffre à un âge plus ou moins avancé,
le mal s’installe inexorablement dès le début de l’âge adulte. Il est
normal qu’un frottement finisse par user les surfaces en contact, mais vous
pouvez limiter cette usure à son strict minimum avec quelques précautions :
D’abord, échauffez-vous correctement et longuement. L’échauffement
permet d’augmenter de 10 à 20% le volume des cartilages articulaires et
d’améliorer la lubrification grâce à un apport de liquide. Si vous vous
entraînez seul ou si vous prenez le cours en retard, échauffez-vous
soigneusement avant de commencer et ne forcez pas tant que vous ne vous sentez
pas parfaitement préparé.
Ce liquide articulaire est composé surtout d’eau qu’il faut bien
prendre quelque part : n’arrivez pas au cours en état de déshydratation.
Une soif impérieuse dix minutes après le début de l’entraînement en est un
signe manifeste.
Le tabac favorise la déshydratation ; fuyez-le. Le stress également ;
restez zen.
Ensuite, évitez les chocs répétés : sauts de très haut, frappe
du poing sur un sac très dur, articulation qui arrive brutalement en butée,
etc.
Surveillez votre poids. Une surcharge pondérale accélère l’usure des
cartilages, en particulier ceux du genou.
Les cartilages ont, chez les jeunes, une possibilité de restauration
spontanée. Elle est toutefois très inférieure à celle du tissu osseux. À
l’âge adulte cette caractéristique disparaît progressivement et les lésions
deviennent irréversibles. À quel âge n’y a-t-il plus de réparation
possible ? Mystère ! Quoi qu’il en soit, en cas de douleur
articulaire persistante, n’insistez pas et reposez longuement l’articulation
concernée. La durée du repos est guidée par la douleur ressentie.
D’autres pathologies sportives peuvent affecter les articulations. Elles concernent les
ligaments, les bourses séreuses, la capsule, les ménisques, un épanchement de
synovie et parfois la présence d’un corps étranger : morceau d’os,
calcification, etc.
En prévention, évitez de prendre des coups sur les articulations, en particulier
les genoux, les épaules et la colonne vertébrale. Le contrôle pratiqué en
karaté assure déjà une bonne protection. Soyez quand même vigilant car des
contusions peuvent paraître anodines, mais expliquent parfois des pathologies
sans cause apparente, les symptômes pouvant se manifester très longtemps après
le choc. Les longues périodes d’inactivité sont également préjudiciables.
En vieillissant, il vaudra mieux éviter les sports qui exigent des changements
d’appui brusques, fréquents et aléatoires si vous souhaitez préserver vos
genoux ; ménisques et ligaments n’apprécieront guère. Dès les
premiers signes de faiblesse de vos genoux, abordez le kumite de karaté
souplement, en évitant les accélérations intempestives. Au lieu d’aller
chercher l’adversaire, laissez le donc venir à vous. Ces conseils valent également
pour ceux qui ressentent une fragilité lombaire.
Si vous souffrez, consultez un médecin sportif capable d’évaluer les avantages
comparatifs d’un maintien ou d’une suspension de l’activité. En cas
d’immobilisation d’une articulation, ne privez pas le reste de votre corps de
son activité habituelle. Éventuellement, changez de sport en attendant la
guérison : un poignet foulé n’empêche pas de courir.
Douleurs musculaires et tendineuses
Un bon échauffement prépare les muscles et les tendons à l’effort :
meilleure irrigation, élasticité renforcée et élévation de la température
(rendement supérieur vers 38° ou 39°). De nombreux accidents sont dus
à un mauvais échauffement. Méfiez-vous également des moments d’inactivité
—1/4 d’heure suffit— pendant lesquels le corps se refroidi.
Les crampes du sportif résultent d’une mauvaise conduite de l’entraînement,
d’une déshydratation ou de la consommation d’excitants. Lorsque vous en êtes
victime, étirez délicatement le muscle concerné. Si vous en souffrez souvent,
il est indispensable d’en déceler l’origine afin d’y remédier. Vous
pouvez trouver seul si la cause se trouve parmi celles citées plus haut ;
en cas d’échec, consultez votre médecin. Lors des entraînements par grosse
chaleur, la transpiration se faisant très intense, vous pouvez associer à
votre consommation d’eau des pastilles de sel (disponibles dans les magasins
de sport).
Les blessures musculaires (claquages, élongations, etc.) se soignent assez bien
avec un peu de repos, mais la guérison des affections tendineuses est parfois
problématique. Certaines tendinites, malgré un repos prolongé, ne concèdent
qu’une légère rémission ; dès la reprise d’activité, la douleur réapparaît.
La solution est fréquemment dans une modification des conditions d’exercice.
L’exemple le plus connu est, au tennis, l’influence d’un changement de
raquette sur l’épicondylite.
Il faut d’abord identifier le geste responsable de la souffrance puis le corriger
s’il est défectueux ou l’interdire s’il ne respecte pas le fonctionnement
normal d’une articulation. Pour cela, une contention de bonne facture, ou un
strapping, peut s’avérer utile. Prenons l’exemple d’une douleur de genou
qui survient dans certains mouvements spécifiques. Il y a fort à parier que
votre genou s’écarte de son axe de fonctionnement naturel ; le port
d’une genouillère avec des baleines latérales de guidage évitera cette
instabilité et permettra —peut-être— la guérison sans arrêter le sport.
D’autre part, les tendons doivent glisser facilement dans leur gaine. Là encore,
l’eau est le principal constituant du lubrifiant. N’oubliez pas de boire.
Un muscle sollicité se contracte. À l’arrêt de cette sollicitation, il se relâche
et reprend sa taille initiale. Mais si vous lui demandez des efforts répétés,
il a tendance à rester dans une semi-contraction, à se raccourcir. En quelques
mois, il peut perdre une grande partie de son élasticité ; on parle alors
de muscle noué. Pour un bon fonctionnement, le muscle doit retrouver au repos
sa longueur maximale. À cette fin il est indispensable d’étirer les muscles
qui ont fourni des efforts soutenus. Quand vous êtes fatigué, à la fin d’un
entraînement, étirez-vous modérément pour ne pas provoquer de claquage.
Ainsi, après une séance de mae geri, des étirements mesurés des quadriceps
et ischio-jambiers sous une douche bien chaude constituent une solution idéale.
Au début de l’entraînement, ils préparent les muscles à l’effort. Bien
chaud mais pas encore fatigué, des étirements plus intenses améliorent votre
souplesse. En fait, vos muscles travaillent toute la journée ; alors
pensez à vous étirer souvent. Dès le matin au réveil, imitez les chats, vous
en percevrez rapidement les bienfaits.
Enfin, rappelez-vous ce principe : des liaisons subtiles relient toutes les
parties de votre corps. Ainsi, des caries dentaires peuvent entretenir
sournoisement une tendinite. Soignez votre hygiène et votre santé.
Atteintes du rachis
La colonne vertébrale, ou rachis, est constituée de vertèbres séparées par des
disques intervertébraux qui jouent le rôle de coussins amortisseurs et liées
par des ligaments et des muscles vertébraux. Comme sur une automobile, les
amortisseurs peuvent être « fatigués ». Malheureusement, aucun
garagiste ne vous changera ces disques là. Alors, mieux vaut prendre soin de
votre colonne vertébrale, d’autant qu’elle abrite la moelle épinière et
de nombreuses émergences nerveuses qui n’apprécieront pas d’être
chatouillées par une protubérance discale ou osseuse. Les problèmes rencontrés
se nomment lumbago, sciatique, dorsalgie, cervicalgie, névralgie
cervico-bracchiale, etc.
Le mal de dos n’est pas réservé aux sportifs ; une grande partie de la
population en souffre. Les mauvaises attitudes, les positions avachies et les
efforts dans des positions inadaptées en portent la responsabilité. Bien
souvent le sport n’est que le révélateur d’un mal déjà installé.
Surveillez votre façon de vous asseoir devant votre bureau, utilisez un
oreiller adapté à votre position dans le sommeil et méfiez-vous des fauteuils
sans soutien lombaire. La station assise accentue les contraintes sur les
disques d’environ 30% ; à éviter, surtout si vous souffrez du dos. La
marche, même en terrain escarpé, est bénéfique : oubliez la voiture au
garage et pour un déplacement d’une ou deux stations de métro, marchez,
même avec un dos fragile. Si vous travaillez assis, ne restez pas plus d’une
heure sans aller vous dégourdir les jambes. Le clavier d’ordinateur et la
souris sont responsables, quant à eux, de dorsalgies et de cervicalgies. Faites
fréquemment d’amples mouvements de bras. Pour travailler debout, mieux vaut
poser un pied sur un petit tabouret. Changez de jambe tous les quarts d’heure.
Tout le monde sait que, pour soulever une charge lourde, il faut plier les jambes et
garder le dos droit, mais, en dehors des haltérophiles, peu de gens ont
conscience de l’importance du placement du bassin. Celui-ci peut, entre autres
mouvements, basculer vers l’avant ou l’arrière avec pour conséquence une
accentuation ou une réduction de la courbure lombaire (lordose). Un exercice
est parfait pour vous apprendre à placer votre bassin : le kata sanchin.
Dans les efforts, c’est la position intermédiaire, ni antéversion, ni rétroversion,
qui assure la meilleure répartition des contraintes sur les disques. Vous devez
sentir instinctivement la position de votre bassin.
La courbure de la colonne vertébrale induit une certaine élasticité —bienvenue
du fait de notre bipédie— mais aussi quelques points de faiblesse liés aux
changements d’orientation des courbures. Une charge de 50 kg sur les épaules
produit sur le disque L5-S1 une pression de 350 à 650 kg suivant la position.
Jeune, on se laisse parfois aller à prouver sa force. Cela se passe généralement
sans préparation ni précaution. Évidemment, un jour, on passe à la caisse ;
et il faut payer cash !
Deux types d’accidents affectent fréquemment le rachis :
-
La rupture de l’anneau fibreux du disque intervertébral sous une
pression excessive provoque l’irruption du noyau pulpeux à l’extérieur.
C’est la hernie discale. Si elle touche un nerf, la douleur apparaît.
-
L’élongation exagérée des ligaments et muscles vertébraux. C’est
l’équivalent d’une entorse.
Les atteintes du rachis guérissent spontanément 9 fois sur 10
—sauf l'arthrose, évidemment, qui n'épargne pas la colonne vertébrale— ; la patience
est le meilleur médicament. Cependant, il reste toujours une certaine fragilité
de l’élément blessé. Il vaut donc mieux éviter ces lésions car les récidives
sont fréquentes. La prudence est de mise, même pour les jeunes.
Préservez votre dos
Voici un programme d’entraînement destiné à vous éviter de souffrir du dos. Il
est à considérer avec circonspection, car, étant tous différents, il
convient d’adapter ces consignes à chacun.
L’entraînement débute avec une mobilisation de l’ensemble du corps. Les mouvements qui
concernent le rachis doivent s’exécuter lentement et sans à-coup. Ceux qui
ont déjà souffert des cervicales limiteront les mouvements d’extension du
cou.
Exécuté lentement, un mouvement erroné ne porte pas à conséquence. Lorsque vous
atteignez une certaine vitesse, la moindre erreur peut vous être fatale.
C’est la raison pour laquelle, quel que soit votre grade, vous devez en
permanence revenir sur la technique de base et l’améliorer.
Durant le cours, deux techniques peuvent vous blesser :
Gyaku tsuki. La rotation du corps qui accompagne cette technique doit être
uniforme : épaules et bassin pivotent en même temps et la lordose
lombaire doit être maintenue. Certains utilisent essentiellement le bassin,
d’autres tournent trop les épaules, quelques-uns se cambrent dangereusement
en fin de gyaku : risque de pincement ou cisaillement des disques.
Mae geri. Les hanches avancent brusquement lors de l’impact et reculent
vivement au retour de la jambe : risque d’une ondulation nocive de la
colonne vertébrale. Les courbures naturelles du rachis doivent être maintenue
durant tout le mouvement grâce à un parfait gainage abdominal.
Entretenez une bonne sangle abdominale et un bon tonus des muscles spinaux (ensemble des
muscles qui relient les vertèbres). Si vous suivez régulièrement deux entraînements
par semaine, les muscles concernés sont correctement préparés. Si vous vous
entraînez moins, introduisez quelques exercices de musculation dans votre hygiène
de vie.
Le jogging est une excellente —et presque irremplaçable— préparation de fond.
Ménagez votre dos en utilisant des chaussures adaptées. L’amorti de ces
chaussures se dégrade au bout d’un an d’après les fabricants. Peut-être
cherchent-ils à nous faire consommer, mais dès que vous sentez une
modification dans l’absorption des chocs, changez de chaussures. Toute douleur
lombaire, a fortiori si elle irradie dans la jambe, interdit la course à pied.
Dans ce cas, marchez.
La souplesse est un bon antidote au mal de dos. Une épaule un peu raide provoque
une cambrure exagérée de la colonne lombaire lorsque vous levez les bras à la
verticale. Jambes tendues, toucher vos pieds avec les mains la sollicite en
flexion si vos ischio-jambiers sont raccourcis. Ces mouvements, s’ils sont
trop rapides, risquent de léser les éléments souples qui unissent vos vertèbres.
Pour ne pas subir ces désagréments, travaillez et entretenez votre souplesse régulièrement
et gardez le dos plat lors des exercices. Ceux qui sont affectés d’une
raideur excessive seront particulièrement attentifs à cette dernière
recommandation.
La station debout, la marche, les différentes sollicitations tassent ou pincent
les disques intervertébraux. Le soir, le sujet jeune mesure 1 à 1.5 cm de
moins que le matin. La nuit, les disques reprennent leur épaisseur grâce à
une réhydratation qui, malheureusement, s’opère de moins en moins bien
lorsque vous vieillissez. Un autre facteur limite la réhydratation des disques :
la perte d’élasticité des muscles spinaux, noués ou fibrosés. Des étirements
s’imposent —impérativement sans à-coup. Suspendez-vous à une barre fixe ;
mieux, faites le « cochon pendu » pour éviter la contraction réflexe
des muscles spinaux. À ces étirements passifs ajoutez des étirements actifs :
pieds à plat au sol, cherchez à atteindre avec les mains un point situé trop
haut. Les mouvements de flexion, d’extension et de bascule latérale du rachis
doivent viser l’allongement de la convexité et non le tassement de la
concavité. Concrètement, quand vous basculez sur le côté gauche, cherchez à
atteindre de la main droite un point éloigné situé à 45° en haut et à
gauche. Si vous vous contentez de basculer, vous pincez les disques à gauche
sans garantie d’un étirement suffisant à droite.
La musculation des abdominaux doit respecter quelques consignes. Le principal
muscle de cette région est le grand droit —celui qui vous confère ces
« carrés de chocolat » caractéristiques. Sa particularité est de
se fortifier indépendamment en haut et en bas, ce qui implique deux types
d’exercices pour obtenir un résultat complet. Le bas se travaille
traditionnellement couché sur le dos en mobilisant les jambes : doubles
cercles, ciseaux, pédalage, etc. Précaution : la région lombaire doit
toujours toucher le sol ; en conséquence, ne descendez pas vos jambes trop
près du sol. Même si certains prétextent un travail plus intensif de cette
manière, vous mettez en danger les disques entre la première vertèbre sacrée
et la troisième vertèbre lombaire.
L’exercice le plus courant pour muscler le haut du grand droit est le suivant : couché
sur le dos, jambes légèrement fléchies, pieds à plat au sol, mains croisées
sur la nuque, relever le buste sans décoller
les pieds du sol pour toucher les genoux avec les coudes. Cet exercice est décrié
par certains spécialistes qui incriminent le travail concomitant du droit antérieur
—un des constituants du quadriceps— et du psoas-illiaque, deux muscles qui
assurent la flexion de la cuisse sur le buste mais qui accentuent la lordose
lombaire. Si on observe un athlète réaliser cet exercice, rien dans le déroulement
du mouvement ne semble préjudiciable, la zone lombaire étant parfaitement gainée.
La même observation portant sur un individu lambda qui suit le même entraînement
révèle un tableau différent : quand la fatigue intervient, à chaque
retour des épaules au sol, la cambrure lombaire est fortement accentuée afin
de favoriser un effet rebond et quand les coudes touchent les genoux elle
s’inverse. Cette ondulation de la colonne lombaire ne dit rien qui vaille. De
plus l’action des muscles psoas-illiaque et droit antérieur intervient au
moment où la lordose est la plus prononcée. Le risque de pincement du disque
avec apparition d’une hernie est maximal.
En conclusion, si l’exercice est exécuté avec un bon gainage de la sangle
abdominale, je n’y vois pas d’objection. Mais les débutants, les sportifs
fatigués ou ceux qui souffrent —ou ont souffert— du dos pratiqueront cet
exercice sous une autre forme. Vous constaterez un effet similaire sur le grand
droit en gardant le dos au sol et en soulevant uniquement les épaules ; de
cette manière, les muscles psoas-illiaque et droit antérieur ne sont pas
sollicités. La meilleure position est la suivante : couché sur le dos,
les talons sur une chaise de manière à former un angle droit entre la cuisse
et la jambe, un autre angle droit entre la cuisse et le tronc, les mains sur la
nuque ; comme précédemment, les coudes viennent toucher les genoux ou
s’en approchent mais seuls les épaules et le haut du dos décollent du sol.
Les exercices de musculation des abdominaux ne manquent pas ; aucun n’est
vraiment interdit, mais il faut toujours pratiquer avec prudence et modifier son
travail si le gainage lombaire se détériore. Dans ces exercices, une douleur
dans les « reins » n’est jamais normale. Et n’oubliez pas de
renforcer conjointement la partie postérieure du corps : ischio-jambiers,
fessiers et dorsaux.
Pour limiter leur effet lordosant vous étirerez souvent le psoas-illiaque et le
droit antérieur. Le premier s’étire en prenant la position zen-kutsu dachi.
Bien sûr, une longue position améliore l’étirement, mais surveillez le
placement du bassin et la lordose lombaire qui ne doit pas être accentuée. Le
second s’étire de multiples manières ; la plus simple consiste à
maintenir le talon collé à la fesse et à avancer le bassin.
L’étirement fréquent des ischio-jambiers (loge postérieure de la cuisse) est également
indispensable pour préserver l’intégrité de la colonne lombaire. Debout,
jambes tendues et corps droit, posez un talon sur une chaise, avancez la hanche
opposée, comme dans un gyaku tsuki, et penchez-vous légèrement en avant.
Mobilisez et étirez tous les jours vos épaules en tous sens. Attention ! si la vie
quotidienne est suffisante à l’entretien des doigts, des mains et des
avants-bras, elle est incapable de maintenir une épaule réellement
fonctionnelle —sportivement s’entend.
Bien sûr, tous les muscles doivent être étirés, mais ceux que je viens de citer
seront particulièrement soignés.
Ceux qui ressentent une fragilité du rachis exécuteront ces exercices avec prudence
après avoir étudié et bien compris ce qui est indiqué et contre-indiqué. Si
vous souffrez du dos, reposez-vous, puis étirez délicatement et régulièrement
les muscles susceptibles d’entretenir un pincement de disque. Reprenez
l’entraînement avec modération en surveillant de près vos attitudes. Et
fortifiez les muscles spinaux : debout, enroulez vers l’avant vos vertèbres
une à une en commençant par les cervicales. Puis remontez lentement en déroulant
d’abord les lombaires. Vous pouvez intensifier l’exercice en ajoutant un
poids —raisonnable— sur les épaules, voire sur la tête si vous souhaitez
renforcer la tenue des cervicales.
N’attendez pas la chance
À supposer qu’un jour vous arrêtiez la pratique sportive, —ce serait
regrettable— conservez pour le moins la marche et les étirements :
c’est le minimum au-dessous duquel le corps se dégrade inexorablement.
N’acceptez pas un arrêt total d’activité ; ainsi, le moment venu,
vous pourrez reprendre sans souffrance insupportable.
Certes, la vie inflige des instants difficiles qui éteignent définitivement le
dynamisme d’une grande partie de la population, ainsi promise à une morne
vieillesse. De jeunes adultes sont déjà atteints par ce mal insidieux. Refusez
cet écueil ; restez actif et entreprenant. Les événements, heureux ou
tragiques, sont des questions auxquelles il est toujours possible de répondre.
La plupart des gens ne trouvent pas de réponse car ils ne cherchent même pas
à répondre. Dans ces moments pénibles, c’est votre motivation qui va
transformer ce que d’aucuns considèrent comme le destin en une simple
question. Quand la question est claire, la réponse est évidente. Ce n’est
pas une élucubration d’intellectuel, c’est une réalité déjà largement
expérimentée. Lorsque votre bonheur est en jeu, n’attendez pas un hypothétique
miracle.
Cependant, avec les années qui passent, vous devenez plus fragiles. La jeunesse se permet
des fantaisies parfois dangereuses, le plus souvent par méconnaissance. En
vieillissant vous devez devenir plus attentif, plus prudent. Ne supprimez pas
les fantaisies, abordez-les avec des connaissances qui les rendent moins
dangereuses.
Le respect de tous ces conseils ne vous garantira pas une immunité totale ;
le corps humain est une mécanique complexe que personne n’a encore comprise
dans sa globalité. Ces quelques précautions peuvent néanmoins vous éviter
des souffrances superflues. Motivé et dynamique, mais prudent ! Telle est
la recette des vétérans épanouis.
Il est vrai que certains rares sportifs se sont permis des excentricités sans en
souffrir ultérieurement. La chance leur a souri. Denise Escande, alpiniste réputée,
qui, à plus de 70 ans, venait dans une voie de montagne très difficile rééduquer
une cheville cassée, m’a déclaré alors que je lui offrais à boire : « Merci
jeune homme ! mais je ne bois jamais en montagne ; je suis comme un
chameau ! » Je me suis bien gardé de lui dire que c’était une
erreur, respect oblige —j’avais 35 ans—, mais je l’ai observée comme
une miraculée, sachant parfaitement à quoi s’expose celui qui ne boit pas
suffisamment, surtout en montagne.
Mais pour vous, individu raisonnable, est-il bien sérieux de compter sur la chance
pour vieillir dans de bonnes conditions ? La réponse est dans ce proverbe
japonais : « Attendre la chance, c’est attendre la mort. »
Sakura sensei
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