LE MOKUSO
Un cours de karaté débute
et s’achève par une méditation (mokuso) en position agenouillée (seiza). Il est bon d’apporter quelques précisions sur cette pratique
traditionnelle des dojo. Le terme méditation pose de nombreux problèmes
car sa définition est particulièrement fluctuante et le but
du mokuso n’est pas toujours bien compris.
La plupart des
dictionnaires définissent le verbe méditer ainsi : « soumettre un sujet
à une longue et profonde réflexion ». Ainsi, dans son acception
courante, la méditation porte-t-elle sur un sujet déterminé. Cependant,
certaines formes de méditation visent des objectifs plus ambitieux : recherche
de la Vérité, de l'Illumination, de la Transcendance, etc. En fait, l'individu
confronté à la réalité de la vie doit résoudre des millions de problèmes.
Il est impossible de les résoudre un à un et c'est pourquoi la majorité des
gens se sent accablée par d'innombrables soucis dont elle n'entrevoit même pas
la solution. Or, il est universellement reconnu que la source de nos
déconvenues, frustrations et autres conflits est en nous. La méditation est
donc une introspection qui permet de comprendre comment cela fonctionne dans
notre esprit. Quand on a compris le problème, la solution nous illumine de son
évidence.
Le karaté est historiquement très lié au zen (branche du
bouddhisme essentiellement fondée sur la méditation et une grande application
dans tous les gestes de la vie courante).
Les samouraïs ont été séduits par cette recherche
d’absolu du zen car elle leur permettait d’améliorer dans de larges
proportions leur efficacité au combat. Ce sont d'ailleurs tous les arts
martiaux ou culturels japonais qui ont développé une étroite
collaboration avec le zen. Mais si tous ont tiré avantage de cette attention
méticuleuse portée à la gestuelle de leur art, certains, grâce à la
méditation, sont parvenus à un état d'esprit d'une totale sérénité même
dans les situations les plus périlleuses. On voit bien là
tous les avantages qu’un pratiquant d’art martial peut tirer de cette force
intérieure.
Quelle peut être la portée d’une technique apprise au dojo
si le karatéka a peur, se laisse distraire ou ne domine pas l’analyse
d’une situation ?
Le mokuso est donc l’instant où le karatéka s’exerce à la maîtrise
de son esprit en éliminant
la plupart des perturbations physiques liées au contact avec l’environnement.
« Observez cette fleur » demande le maître.
Quelques instants plus tard, le disciple s’aperçoit que son esprit
s’est échappé ; il ne voit plus la fleur, il pense à
autre chose.
Fixer son esprit sur un sujet et ne pas
en dévier ou ne former aucune pensée en l’absence d’une question,
tel est le but du mokuso car c'est bien l'agitation permanente de notre esprit
qui constitue la pierre d'achoppement. Et attention aux pièges tels que l’idée
« je ne pense à rien » qui est une pensée, ou « je ne vois
que du noir » qui est une image (noire), quand on prétend ne former
aucune image dans son esprit. D’autre part, l’arrêt de la pensée
ne signifie pas que l’on est déconnecté du monde. Les sens
fonctionnent, on entend, on sent, on voit si les yeux sont ouverts, mais
ces perceptions ne déclenchent pas de réflexion.
Difficile ! Certes. Mais il existe une méthode
qui simplifie l’accès à ce nirvana.
En seiza, les yeux fermés, concentrez-vous
sur votre respiration, sentez le trajet de l’air à l’inspiration
puis à l’expiration. Expirez très lentement, vérifiez
que cet exercice ralentit les battements de votre cœur. Laissez enfin votre
respiration s’effectuer naturellement tout en continuant à l’observer.
Vous percevez votre cœur, votre respiration, les bruits ambiants ; vous
êtes calme, serein. Vous vous sentez proche du sommeil mais sans
fatigue et pourtant vos sens font preuve d’une acuité inhabituelle...
Vous y êtes : bravo !
Et maintenant il va falloir réitérer
cet exploit en plein combat.
Bon courage !
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