LA LETTRE DU GOSHIN BUDOKAI Printemps 2002
diététique et art martial
En matière de diététique
les erreurs sont légion. Quand manger ? Que manger ? Quelle
quantité ? Fondamentalement, les réponses sont simples. Les repas, équilibrés,
devraient toujours être pris à heures fixes et les grignotages intermédiaires
totalement bannis. Seulement, voilà ! la vie moderne nous impose souvent
des entorses à ce principe. Sans même évoquer les contraintes professionnelles,
les horaires fluctuants des séances d’entraînement rendent la gestion des
heures de repas difficile. Toutefois, avec un peu de rigueur et de logique, il
est possible de ne pas trop s’écarter de l’idéal théorique.
La mémorisation des chiffres 3 et 8 doit permettre d’organiser nos repas de façon efficace.
3 heures : c’est le
temps moyen nécessaire à la digestion d’un aliment. Conséquence : il est
impératif de ne rien absorber de solide dans les trois heures qui précèdent
l’entraînement. En effet, la digestion mobilise une forte proportion du sang
circulant dans l’organisme ; celui-ci n’est donc plus disponible pour le
transport de l’oxygène vers les muscles ou le cerveau, ce qui occasionne des
déficiences extrêmement gênantes.
Certains auteurs ajoutent que les aliments qui ballottent dans l’estomac ou les
intestins risquent de léser ces organes.
« Mais on ne peut
pas être performant avec le ventre vide » rétorque une opinion largement
répandue. Pour couper court à cette croyance, quelques connaissances
physiologiques sont nécessaires : pour fournir un effort, le muscle
utilise le glycogène qu’il a mis en réserve et si l’effort est soutenu
longtemps il ira puiser dans les réserves de lipides (graisses). Or, la
transformation des aliments en glycogène de réserve prend du temps : 8
heures, c’est notre deuxième chiffre à retenir. Inutile, donc, de se gaver
avant l’effort ; ça ne sert à rien. Au contraire, on l’a vu, c’est une
gêne pour l’effort musculaire. Et si l’on a faim, il suffit de se dire qu’on
mangera mieux après. D’ailleurs, le budoka qui surmonte cette envie est sur la
voie de la maîtrise de l’esprit (shin), un des trois critères qui permettent
d’évaluer le niveau du budoka. La maîtrise des contingences est une étape dans
la formation d’un esprit fort (goshin).
La France est le pays de
la gastronomie, pas de la diététique. Le budo vient du Japon ; le
budoka
serait fort inspiré en adoptant une alimentation proche de l’exemple
japonais. Sans doute est-ce le seul pays où la nourriture quotidienne est
réellement équilibrée.
Et si l’on ne souhaite
pas se mettre à l’heure japonaise, quelques règles simples éviteront de
commettre trop d’erreurs.
Variez votre
alimentation ; ainsi vous serez sûr de ne manquer de rien : glucides,
protéines, lipides, vitamines, oligo-éléments, etc.
Cent grammes de
protéines sont suffisants chaque jour. Nous en consommons couramment quatre ou
cinq fois plus, ce qui est dispendieux et parfois nuisible. De nombreux
sportifs ressentent des douleurs articulaires pendant l’entraînement ; la
diminution de la ration protéique (surtout viande et charcuterie) est souvent
ressentie comme le remède miracle.
Les lipides sont également trop abondants dans la
nourriture habituelle en occident. Voici une méthode simple pour évaluer la
pertinence du dosage en lipides de votre alimentation : formez entre vos
doigts un pli de peau près du nombril ; s’il mesure plus de deux à
trois centimètres d’épaisseur, vous mangez trop gras. Dans tous les cas, ne supprimez
jamais complètement les lipides, contentez-vous de réduire la quantité que vous
en ingérez.
Les glucides constituent
le principal carburant des muscles. Imaginez donc combien est lourde de
conséquences l’erreur qui conduit certaines personnes désirant maigrir à ne
consommer ni pâtes, ni riz, ni pain, ni féculents (les sucres lents). Sans eux,
aucun effort soutenu n’est envisageable ; or la disparition des
accumulations graisseuses ne se réalise que lors d’efforts prolongés. De plus
ces aliments contiennent des fibres indispensables au bon fonctionnement du transit
intestinal.
Par contre on modèrera
sans hésitation la consommation des sucres rapides qui s’insinuent partout dans
notre alimentation : desserts, pâtisseries, chocolats, bonbons, sucres
dans le café ou le thé, sodas, grignotages divers. Les supprimer totalement
n’entraîne aucun inconvénient. On peut éventuellement les envisager comme
apport glucidique de l’effort au début, au milieu, voire à la fin d’un
entraînement ou d’une épreuve. Ils sont à éviter dans l’heure qui précède
l’effort car ils peuvent provoquer une hypoglycémie réactionnelle.
Pour clore l’exploration
de nos besoins alimentaires, il convient d’évoquer la boisson. Une
précision : la seule véritable boisson, c’est l’eau ; les autres
liquides sont à considérer comme des aliments. Certains boivent trop ; en
général, ce n’est pas de l’eau. La plupart des autres ne boivent pas assez.
Nous avons besoin d’environ deux litres d’eau par jour. Quand l’apport hydrique
est inférieur l’organisme fonctionne mal. Ajoutons que, par température élevée,
nous transpirons beaucoup plus et que l’activité physique accélère encore cette
perte d’eau. Par 30 degrés, une heure d’entraînement peut nous faire perdre
deux litres de sueur supplémentaires.
Il faut boire avant,
pendant et après l’effort. Au dojo, respectez tout de même l’étiquette ;
n’allez pas boire au milieu d’un exercice.
Une boisson, typiquement française, doit-être évoquée: le
café au lait. La caféine perturbe la digestion du lait. La plupart des gens ne
s'en rendent pas compte sauf ceux qui tentent des exercices physiques dans les
deux heures qui suivent. à
l'entraînement du samedi matin, on peut facilement désigner ceux dont le petit
crème est le péché mignon. Donc, si vous êtes un adepte de cette tradition
nationale et que vous ressentez une gêne lors de
l'entraînement matinal, le remède est simple à trouver.
« On est foutu, on
mange trop » proclamait un chanteur en vogue, il y a quelques années.
Pourtant, à l’aune de l’obésité, la France, si elle enregistre un net
accroissement des cas de surcharge pondérale, est loin des inquiétants scores réalisés par les américains ou certains
de nos voisins européens qui atteignent les 40% d’obèses.
Un célèbre aphorisme nous prescrit de « prendre un
petit déjeuner de roi, un déjeuner de prince et un dîner de pauvre ».
Saine conduite qui permet d’éviter la fringale en fin de matinée, prétexte
dévastateur au grignotage. Le soir, l’idéal serait de se coucher lorsque la
digestion du dîner est terminée, le sommeil étant plus réparateur dans ces
conditions. Toutefois attendre 3 heures quand on a dîné tard est irréalisable.
Or il nous arrive souvent de finir l’entraînement vers 22 heures. Dans ce cas,
il est impératif de se limiter à un très léger repas, contenant très peu de
matières grasses (les lipides peuvent séjourner jusqu’à 8 heures dans
l’estomac), pour ne pas troubler le sommeil qui suit. L’appétit n’en sera que
meilleur le matin venu.
Restent les cas où
l’horaire ne permet pas de se conformer aux principes de base : effort
matinal sans possibilité de déjeuner trois heures avant, entraînement ou
épreuve se déroulant sur une journée complète, etc. Dans ces situations, il
convient de n’absorber, par petites doses régulières, que des aliments d’apport
énergétique tels qu’en proposent tous les magasins spécialisés dans les
activités sportives. Dès que possible, on reviendra aux principes fondamentaux
de la diététique.
Tournedos Rossini,
cuissot de chevreuil Grand Veneur, escalope normande, paupiettes de soles, omelette
norvégienne ,… Tout cela est donc interdit au budoka ? Non, bien
sûr ! Mais il faut apprendre à harmoniser les plaisirs du palais avec la
satisfaction de rester performant.
Jacques SERISIER
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